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Potosi, 26 et 27 juillet 2009

Après le soleil direction Potosi, dans les entrailles de la Pachamama

Cette ville coloniale sera l'occasion pour nous de connaître l'enfer du travail dans les mines ...

La ville de Potosi est l'une des villes les plus hautes du monde : 4070 m. Elle a été créée en 1545 par les Espagnols au pied du Cerro Rico (littéralement : « riche colline ») une montagne de minerai d'argent qui domine la ville de ses 4824 mètres, où un gisement d'argent avait été découvert. L'exploitation de ces mines a transformé la montagne en véritable gruyère usant jusqu'à la mort des millions de mineurs...

   Les taches grises sur la photo correspondent aux rebus des mines

Pour un temps, cette ville a été le pôle économique de l'Amérique du Nouveau-Monde, amenant richesse et prospérité au royaume d'Espagne. On continue encore à creuser la montagne dans des conditions qui ont peu évolué depuis. L'attraction principale de la ville est la visite de ces mines. Il ne s'agit pas d'un musée créé pour les touristes, mais bien d'une véritable mine vivante qu'il est possible de visiter à ses risques et périls. De nombreuses agences proposent un tour dans la mine, nous avons longuement hésité pour notre sécurité puis finalement avons opté pour une petite visite, un tour beaucoup moins long et dangereux que ceux habituellement proposés.

Equipés de la tenue du parfait petit mineur, nous partons donc dans la montagne sans trop savoir ce qui nous attend.

 

Avant d'entrer dans ces mines de l'enfer, nous sommes passés au Marché des Mineurs, petite rue parsemée de petites boutiques vendant tout ce dont le mineur pourrait avoir besoin. Nous optons pour un sac plastique contenant diverses choses : quelques feuilles de coca, des cigarettes, une petite bouteille d'alcool, un bâton de dynamite et une mèche...Oui, tout ça librement, dans la rue. On aurait pu tout faire exploser, mais on a préféré offrir ce sac au mineur. La dynamite leur est nécessaire pour avancer plus rapidement dans leur quête. Elle est très chère pour eux, ils apprécient donc qu'on leur en offre.

 

Près de 10 000 mineurs travaillent chaque jour dans ce gruyère aux 5000 entrées et plus de 20 000 tunnels. Nous sommes rentrés par l'une d'entre elles, dans le dédale de galeries obscures et suintantes, nous suivons notre guide (claustrophobes s'abstenir !) Nous devons régulièrement laisser la voie libre pour les chariots poussés de toutes leurs forces par les mineurs...

 

A la lueur de nos lampes, nous cheminons dans des allées glissantes de boue. Nous atteignons alors une cuvette où des mineurs creusent des trous pour y enfoncer des bâtons de dynamite. Le mineur que nous rencontrons a 50 ans. Peu de mineurs ont la chance d'atteindre cet âge. (C'est sûrement parce qu'il a commencé tard le travail de mineur : à 20 ans !!) L'espérance de vie des autres mineurs est de seulement 45 ans dû à la respiration de la poussière et celle-ci descend à 35 années s'ils travaillent en présence de l'arsenic se dégageant des roches. Les mineurs travaillent jusqu'à leur mort. Il existe bien une retraite, mais personne n'atteint l'âge nécessaire pour y avoir le droit... L'âge minimum légal pour y travailler est de 15 ans. Mais bien souvent les jeunes commencent à apprendre le métier avant, durant les vacances ils viennent aider leur père...

Le mineur que nous avons croisé en train de frapper avec un maillet sur un pieu afin de casser la roche et y poser un bâton de dynamite... A pour objectif de trouver du minerai de valeur, idéalement de l'argent qui sera achetée par des sociétés étrangères spécialisées dans l'export de cette matière. Il lui faudra remonter près de 50 kg de roche de qualité pour espérer un salaire de quelques 40 Bolivianos par jour (~ 4 €)...

 

La montagne appartient à l'État et les mineurs doivent payer une redevance afin d'être autorisés à exploiter ses richesses... enfin, ce qu'il en reste car elle a bien fait la richesse de l'Espagne, mais elle est déclarée épuisée depuis un moment maintenant. Certains se sont regroupés en petites coopératives, mais ils sont très autonomes dans le travail quotidien, chaque mineur exploite un endroit qui lui est réservé. Généralement, un père embauche son fils dès qu'il a l'âge légal. Ce métier se transmet de génération en génération, quel héritage !

Pour supporter les conditions de travail très dures, ils mastiquent  à longueur de journée jusqu'à 30 g de feuilles de coca (coupe-faim, sensation de fatigue diminuée, temps qui passe plus vite) et, comme beaucoup de Boliviens miséreux, ils boivent de "l'alcool potable à 96 °".  Etant payé au rendement et n'étant pas couvert par une sécurité sociale, lorsqu'un mineur est malade,  il ne touche pas de salaire. Après 25 ans de dur labeur, les mineurs, dont certains ont commencé à travailler à 15 ans, sont inévitablement victimes de la silicose et décèdent prématurément ... A leur mort, leur veuve dépourvue, élevant jusqu'ici leurs enfants, est souvent obligée d'aller travailler à son tour à la mine.

 

Nous ne nous attarderons guère dans cette obscurité, où le bruit, la chaleur et la poussière (le quotidien pour ces hommes) rendent l'atmosphère insupportable... après 2h dans cette ambiance très dure nous décampons...

 

Afin de les aider dans leur labeur, les mineurs honorent plusieurs dieux. Amérique latine oblige, ils croient en Jésus et une croix est ainsi placée dans chaque tunnel, près de la sortie de la mine. Ils vont également à la messe, mais paradoxalement, ils croient aux divinités indigènes vivant dans les entrailles de la montagne: el Tio, le démon créateur des minéraux ainsi qu'à la Pacha Mama (la Terre Mère). Dans chaque mine, on trouve à l'entrée  une petite chapelle avec une représentation del Tio sous forme de statut de terre qu'ils vont chaque jour prier et qu'ils craignent. Ils lui font des offrandes chaque vendredi afin de ne pas attirer sa colère qui pourrait leur être fatale. Ils honorent El Tio  qui règne  sur les roches qu'ils dynamitent en lui offrant des feuilles de coca, des cigarettes et de l'alcool. Chaque année fin Juin et début Aout ils sacrifient un lama pour apaiser le Tio. (d'où le sang derrière la statue qui est dispersé dans toute la chapelle !!)

 

On dit que la quantité d'argent extraite des mines de Potosi suffirait à construire un pont au-dessus de l'Atlantique pour relier Potosì à la péninsule ibérique, mais que les ossements de mineurs morts dans des accidents y suffiraient également. Près de 8 millions d'Indiens et d'esclaves y ont trouvé la mort depuis le début de son exploitation.


Ce fût une visite éprouvante où les conditions de travail harassantes nous ont interpellées...on se croirait en France au temps de Germinal !! On en ressort bousculé. Si vous avez l'occasion de le voir, c'est très touchant et montre en détail le travail inhumain que ces hommes réalisent 12 heures par jours, 6 jours sur 7. Les conditions de travail sont extrêmement mauvaises, il fait jusqu'à 40°C, l'atmosphère y est souvent irrespirable avec la poussière en suspension et les accidents sont très fréquents (au moins un par semaine, parmi eux la moitié sont fatals chaque mois. Cela peut être une explosion mal gérée de dynamite, un éboulement ou toute autre cause survenant brutalement.)

Imaginer que certains mineurs n'ont pas fait autre chose que de taper sur un pieu ces 20 ou 30 dernières années, pendant de longues journées, sans avoir eu l'occasion de faire autre chose de leur vie... c'est une notion qui nous dépasse ! Nous sommes contents de retrouver la lumière du soleil... Et sommes bouleversés par cette activité que l'on imaginait ne plus être qu'un thème de roman historique !!...Une de ces expériences qui vous fait relativiser tout ces petits tracas de la vie quotidienne française...

De retour en ville, après un « almerzo » dans une gargote populaire, nous arpentons les rues, essoufflés par l'altitude mais heureux de nous réchauffer au soleil...Quelle chance nous avons d'être nés sous une bonne étoile !

 

A l'époque coloniale, une partie de l'argent extrait du Cerro Rico était utilisée pour frapper la monnaie espagnole ayant cours dans toute l'Amérique Latine et en Espagne. C'est dans la Casa Real de la Moneda  que les pièces étaient fabriquées...Maintenant, l'Etat bolivien sous-traite la fabrication des pièces et des billets (au Canada et en France).

Potosi

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